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Dimanche 9 mars 2008
D’abord, c’est l’angoisse ! depuis hier soir, je pense à mon départ. Avec Anne et Xavier, nous avons longuement étudié les bulletins météo et les cartes Grib (cartes météo isobariques et des vents que l’on capte sur internet et qui peuvent être développées par certains logiciels de navigation). La situation est normale, pour eux comme pour moi. Eux partent vers le Brésil et feront donc route au sud tandis que moi je ferai route plein ouest vers les Antilles. A cette saison, normalement, il n’y a rien à craindre. Les alizés sont bien établis entre Nord-est et est-nord-est et leur force se situe entre 3 et 5 beaufort. Mais, quand même, nous passons un bon moment à regarder tout cela dans le détail. Nous dînons ensemble, pour cette dernière soirée et parlons d’autre chose mais on sent bien, pour eux comme pour moi, que l’angoisse, justifiée, du départ est là.
Et voila, nous sommes le lundi matin 11 février et la dernière formalité administrative vient d’être remplie : j’ai récupéré les papiers du bateau auprès des autorités du Cap-Vert et je suis prêt à larguer les amarres. J’ai repensé cent fois aux mêmes choses : l’avitaillement, le carburant, les voiles, le moteur, le pilote …n’ai-je rien oublié ?
Aller, les copains sont là pour m’aider à larguer. J’ai retiré l’amarre avant, le vent me pousse dans le bon sens, vers l’extérieur du ponton. Restent les amarres arrières que Xavier et Guy dénouent et me lancent. J’embraye et doucement Alliance s’éloigne du quai au son des cornes de brume et des cris d’adieu des copains de ponton. Il est 12 h TU (soit 11 h locales et 13 h en France). Je me retourne une dernière fois, je suis déjà à plusieurs centaines de mètres de la marina : un grand signe à tous et c’est fini …je suis parti. Une pensée noire, fugace : c’est la troisième fois que je quitte Mindelo cette année. Les deux premières fois j’ai fait demi-tour …jamais deux sans trois ! Bigre, occupons-nous d’autre chose !
Je me mets face au vent pour établir la grand’voile puis je reprends le cap pour sortir de cette immense baie. Je déroule un peu de génois mais le vent est faible et je garde le moteur. Sorti de la baie, je prends quasiment le bon cap définitif, dans le canal entre Sao Vicente, que je viens de quitter et San Antao, l’île qui est en face.
La grande traversée commence …
La journée se déroule lentement. Vers 15 h 30 TU, je suis sorti du canal mais il n’y a toujours pas de vent à cause du relief important de San Antao. Enfin, vers 17 h 45 TU, je commence à toucher du vent. J’arrête le moteur, c’est le silence relatif de la navigation. Silence car le moteur, c’est très bruyant mais relatif car il y a le bruit du vent dans les voiles et dans les haubans et le bruit de l’écoulement de l’eau le long de la coque. Loin de m’angoisser, ce silence, au contraire, me détend. Je suis en mer, mon bateau marche bien, je suis dans mon élément. La nuit tombe. Je pense à Carole et à son angoisse qui commence. A Véronique, ma fille aînée qui connaît bien la mer (elle est dans la marine marchande) et qui m’a dit, lors de notre dernière conversation téléphonique, qu’elle se chouterait au Valium tant que je ne serai pas arrivé ! C’est une boutade, bien sur, mais qui traduit bien son anxiété de me savoir seul en mer. Toute ma famille défile dans ma pensée, Béatrice et Manon mes deux autres filles qui, sans l’avoir manifesté comme Véronique, sont également inquiètes. Et Cyrille, mon fils, que j’ai retrouvé avec un immense bonheur très récemment après quelques temps pendant lesquels nous ne nous sommes pas vus. Puis, mes petits-enfants et, enfin, tous ceux qui me sont chers, famille, amis …
Le rythme s’installe. Il faut que je gère mon sommeil tout en assurant la sécurité du bateau et il faut que je me nourrisse convenablement et régulièrement.
Pendant toute la traversée, je respecterai les heures des repas comme à terre : Petit déjeuner vers 7 h, déjeuner vers midi et demi et dîner vers 19 h 30. Pour le sommeil, par tranches d’une demi-heure, au début, puis d’une heure, quand je suis bien dégagé des îles, soit 48 h après mon départ. Si j’ai faim pendant la nuit, je mange une pomme et du chocolat. Quand j’ai sommeil pendant la journée, je dors au même rythme que la nuit. C’est à l’aide d’une minuterie de cuisine que je me réveille !
Au début, la mer est très praticable, mais au plus je m’éloigne des îles, au plus une houle croisée, venant du nord et perturbant la houle naturelle des alizés, rend la mer abrupte et désagréable. Elle n’est pas très creuse (3 mètres maxi) mais désordonnée. Mer forte, comme dit la charmant dame de la météo que j’écoute tous les jours à la BLU à 11 h 40 TU. Il faudra bien s’y faire !
Le vent, sans être très musclé, porte bien et j’abats au moins mes 130 NM par 24 h …jusqu’au vendredi 15 février où le vent tombe, en fin de matinée, puis s’établit au nord-ouest ! Je fais du près, c’est pas banal sur la route des alizés ! Cela ne dure pas et à 23 h, plus de vent du tout. Je mets le moteur. Le vent revient samedi matin à 9 h mais pas pour longtemps …Je refait un peu de moteur le samedi après-midi puis toute la nuit de samedi à dimanche. Dimanche matin, pas un poil de vent : il faut que j’économise mon carburant donc j’arrête messire diesel et affale tout. Je fais le bouchon car même sans vent, il y a toujours cette méchante houle croisée ! Je tire des cartes météo américaines depuis la station de la Nouvelle Orléans et si les météorologues yankees ne se trompent pas, je devrais avoir à nouveau du vent dans la soirée.
Effectivement, le vent revient dimanche soir, faible, au début puis fraîchit peu à peu. Quel plaisir d’entendre à nouveau l’écoulement de l’eau le long de la coque !
J’ai mis une ligne à l’eau et … une dorade coryphène s’est laissée tenter ! chouette, du poisson frais qui améliore le menu !
Le vent, lui, ne me quittera plus jusqu’à la veille de l’arrivée, plus ou moins fort mais régulier en direction.
Dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24, un bruit suspect me réveille …le vérin du pilote à rendu l’âme ! Il est 3 h du matin. Je démonte le vérin après avoir sorti les batteries qui se trouvent sur le plancher qui le surplombe. Ce n’est pas une mince affaire. J’ai immobilisé le bateau, mais il fait le bouchon sur cette mer invariablement infernale ! A 4h 30, j’ai remonté le vérin de rechange et c’est reparti … je suis rompu mais content car je craignais que ce vérin de rechange ne soit pas en bon état. L’ancien propriétaire avait été évasif à son propos.
Jusqu’au mardi 26 février, le vent a été assez régulier mais en début d’après-midi, après une série de grains impressionnante mais qui n’ont pas mouillé le bateau, le vent tombe complètement. Vu la distance qui reste à parcourir (200 NM environ) j’ai assez de carburant pour aller jusqu’au bout au moteur s’il le faut. Donc, les chevaux-vapeur prennent le relais et c’est vers 17 h 30, le mercredi 27 février, heure du bateau et heure locale des Antilles que je vois enfin la Martinique dans le coucher du soleil. Il reste un peu plus de 20 NM à parcourir.
Vers 19 h 30, mon téléphone portable fonctionne à nouveau. J’appelle Carole, il est minuit et demi en France, et nous parlons un long moment tandis que je distingue de mieux en mieux les lumières de la côte.
Peu après 21 h, j’ai le phare de l’îlet Cabrit par le travers (le phare le plus au sud de la Martinique). A 22 h locales, soit 2 h du matin TU, je jette l’ancre dans la baie de Sainte-Anne. Il y a 17 jours et 14 heurs que j’ai quitté le Cap Vert. J’ai parcouru 2076 NM.
Je suis heureux et en pleine forme.
Dans l’excitation de l’arrivée, j’ai laissé passé l’heure du repas. J’ouvre une boite de pâté maison au piment d’espelette que m’ont offert Raymonde et Jean-Pierre, de Dyade, et me fait des toasts que je déguste avec une bonne bière fraîche.
J’ai traversé l’Atlantique en solitaire : un rêve est réalisé.
 

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Dimanche 2 mars 2008
De Palmeira (île de Sal) à Mindelo (île de Sao Vicente) il y a 120 NM, soit environ 20 h de navigation. Nous sommes partis le 9 janvier vers 17 h et arrivés vers Midi, le lendemain après une traversée sans histoire, sous vent de Nord-est et une mer hachée par une houle croisée et abrupte. Des conditions inconfortables mais sans problème.
La marina de Mindelo a changé l’aspect de la baie. Autrefois, il y avait des dizaines de bateaux au mouillage et le va-et-vient incessant des petites barques des locaux dont c’était le gagne-pain de faire la navette avec la terre pour les plaisanciers. Aujourd’hui, la place des mouillages a été considérablement réduite mais il y a encore beaucoup de possibilités pour ceux qui ne veulent pas utiliser les facilités de la marina. L’ensemble n’est pas laid et a surtout pour immense avantage d’avoir sécurisé toute la zone.
Avec Jean-Luc, nous nous affairons à nettoyer le bateau, à faire les pleins (eau et gas-oil) et à procéder au complément d’avitaillement dans la perspective de ne rester que 24 h.
Et c’est effectivement le 11 janvier après-midi, vers 17 h, que nous appareillons pour le grand saut vers les Antilles.
Un petit incident, sans gravité, nous fait rapidement faire demi-tour : un point dur dans la barre, remarqué juste à la sortie de la baie, nous conduit à revenir mouiller pour vérifier tout le système de barre. En réalité, la roue, dont l’axe est maintenu d’un côté par un roulement à billes et de l’autre par un coussinet a pris du jeu avec l’age côté coussinet et, après un graissage copieux, il n’y parait plus. Dans tous les cas, elle ne serait jamais bloquée, au contraire puisque le jeu ne peut qu’augmenter. En fait, c’était la friction métal-métal qui donnait l’impression d’un léger dur mécanique. Mieux vaut être prudent … ! nous ne regrettons pas notre décision.
A 21 h, l’ancre est au davier et notre étrave pointée vers l’ouest. La mer s’est un peu calmée par rapport à son état lorsque nous sommes arrivés hier matin et le vent très portant nous emmène dans un courant favorable dans le canal entre Sao Vicente et San Antao. Tout va pour le mieux et nous sommes en train de dépasser la pointe la plus à l’ouest de San Antao, c'est-à-dire que nous sortons du canal et abordons l’Atlantique dans sa grande dimension quand, vers 1 h du matin, ce que je crois être « la goutte au nez » s’avère être une hémorragie nasale qui devient rapidement très importante : un flot continu de sang par les narines et, parfois, par la bouche ! impressionnant et … inquiétant ! Je suis penché au dessus de l’évier de la cuisine et ne puis rien faire d’autre que d’essayer d’étancher cette « fuite ».
Jean-Luc, qui a eu l’excellente idée d’emmener un téléphone « Irridium », joint rapidement son épouse en France, qui appelle le CROSS, lequel nous rappelle dans les minutes qui suivent et nous met en relation avec le service d’aide médicale aux gens de mer, sis à Toulouse et qui veille 24 h sur 24. Nous avons un médecin en ligne qui nous conseille utilement et nous rassure. Cependant, nous prenons la décision de faire demi-tour et mettrons 8 h à faire en sens inverse le chemin que nous venions de faire en 4 h ! L’hémorragie, elle, a duré plus de 2 h.
Je veux rendre hommage ici, d’abord à Jean-Luc qui a fait preuve de beaucoup de sang-froid et qui a montré, en cette circonstance, qu’il savait parfaitement maîtriser un voilier, sans oublier son épouse, qui, réveillée en pleine nuit, a su faire ce qui était nécessaire. Mais aussi au CROSS qui répond instantanément et suit l’affaire jusqu’au bout, puisqu’il nous a appelé toutes les deux heures jusqu’à notre arrivée au port de Mindélo. De même, le service médical de Toulouse qui nous a appelé régulièrement et encore le lendemain pour savoir dans quel état je me trouvais.
Marins de tout poil, de la part du CROSS (organisme français de recherche et de secours en mer), je vous communique le numéro de téléphone où on peut les joindre à tout moment, ne serait-ce que pour leur signaler un départ pour une grande traversée : (33) 03 21 87 21 87.
Pour le reste, je passe sur les détails : j’ai contacté mon assurance qui a fait, tant bien que mal (elle n’a pas été très performante, en l’occurrence), le nécessaire pour me rapatrier afin de chercher l’origine de cette hémorragie importante. De plus, j’avais d’autres soucis de santé latents, notamment une dent qui me faisait souffrir depuis des mois et que le dentiste Canarien que j’avais consulté à Tenerife n’y avait rien trouvé d’anormal …
J’ai donc fait un séjour de quasiment 3 semaines à la maison. J’ai fait un check-up complet. La dent qui me faisait tant souffrir depuis si longtemps et qui s’est révélée cassée dans le sens longitudinal, ce qui est moins courant et pas visible à la radiographie, est partie à la poubelle. Les parois du nez ont été cautérisées par un ORL qui n’y a rien vu d’anormal. Pour le reste, les analyses montrent que je n’ai jamais été en si bonne santé !
Je suis donc revenu à Mindelo le 5 février, malheureusement sans Jean-Luc qui, bien plus jeune que moi est encore en activité et a du reprendre le travail. Je dois dire ici, que là aussi, Jean-Luc s’est révélé être un homme à l’esprit extraordinairement conciliant : lui qui était venu pour faire une traversée, est reparti comme il était venu et cette aventure lui a coûté beaucoup d’argent pour rien. Il sait qu’il peut disposer de mon bateau aux Antilles quand il le souhaite. Par ailleurs, j’ai retrouvé mon « Alliance » comme je l’avais laissé. J’ai compris que le personnel de la marina l’avait particulièrement surveillé et la direction m’a fait un forfait qui s’est révélé fort honnête pour le mois ou il est resté au ponton. C’était pour eux une première expérience puisque cette marina, construite récemment, n’est en service que depuis novembre 2007.
Quant à moi, il me fallait refaire l’avitaillement de vivre frais, compléter le plein de gas-oil et d’eau et je n’avais plus qu’à repartir, seul cette fois.
Je suis prêt à partir dès le vendredi 8 février, mais, en raison du carnaval de Mindelo (voir une jolie photo dans l’album) et du baptême chez le douanier de service (sic), je n’ai pas pu obtenir mon visa de sortie et récupérer les papiers du bateau avant le lundi 11 au matin !
Me voici donc seul en mer, depuis 12 h TU, ce lundi 11 février, après un départ en fanfare : les copains de ponton m’ont fait une ovation à coup de cornes de brume !
La traversée, c’est une autre histoire qui fera l’objet d’un prochain petit article dans ces colonnes …
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Mercredi 2 janvier 2008

Sal

Je vous ai parlé de Jean-Paul, sur son Romanée « Hooriyaad », de ses deux enfants, Amélie et Joris et de son ami et équipier, Claude. Nous nous sommes liés d’amitié et avons décidé de faire route ensemble vers Sal (archipel du Cap Vert). De ce fait, Joris m’a proposé d’être mon équipier durant ce parcours. Il espérait qu’un changement de bateau l’aiderait à dominer le mal de mer chronique qui le titille depuis le départ de France. Hélas pour lui, il a passé le plus clair des six jours de navigation nécessaires pour atteindre Sal allongé sur sa couchette, en proie à des nausées bien désagréables.
Cette traversée s’est déroulée, cependant, sans difficultés. Un vent plutôt portant, faible au début, bien musclé les 3 derniers jours avec une mer un peu désagréable : une houle croisée, creuse et cassante. Autre détail : en tangonnant mon gênois, la balancine de tangon m’a traîtreusement frôlé l’oreille, emportant, du même coup, mes lunettes de vue qui gisent, désormais, par 4000 m de fond !
 
Parti le 21 novembre vers 15 h de Santa Cruz de Tenerife, nous avons mouillé notre ancre dans la baie de Palmeira, à Sal, le 27 novembre vers 18 h.
 
Que dire de Sal ? D’abord que ses habitants sont souriants, toujours prêts à rendre service sans en attendre quoi que ce soit et qu’il n’y a aucun problème de sécurité.
Les « super-mercado » sont bien achalandés en produits de base et en produits frais. Les transports, sont peu onéreux et il est facile de se déplacer d’un des trois bourgs à l’autre.
L’île en elle-même est déserte, en dehors des agglomérations, et très aride. Il n’y a pas d’eau et donc aucune végétation. C’est le reg avec, pour tout relief, 3 ou 4 anciens volcans très peu élevés (300 m environ).
Le mouillage est un peu rouleur. Comme il n’y a pas de relief, les vents y déversent toute leur puissance et il faut mettre de la longueur de chaîne quand ça souffle !
Pour ma part, mon pilote est tombé en panne, heureusement, 24 h avant d’arriver ici. Il avait déjà donné des signes de faiblesse auparavant mais je lui avais fait un « toilettage » à Tenerife et pensais qu’il s’en satisferait.
Grâce une amicale chaîne de solidarité, des lunettes sont parties de France le 2 décembre et des pièces de pilote, le 10. Mais, j’attends toujours mes « paquetes » « non, senior, rien pour vous aujourd’hui ! » « obrigada, madame, à demain ». C’est long !
Enfin, patience …de toutes façons, je reste ici jusqu’au début janvier puisque j’ai trouvé un équipier grâce à un bateau voisin de mouillage. Ce monsieur, Jean-Luc, habitant en Avignon, me rejoindra le 7 janvier avec d’autres pièces pour le pilote et nous ferons la traversée ensemble vers …les Antilles.
Eh oui, j’ai changé ma destination ! Pour des raisons personnelles, il est plus intéressant pour moi d’aller aux Antilles cette année. Adieu, donc, le Brésil.
Jean-Paul, sa petite famille et son équipier sont partis le 16 décembre et, après une courte escale à Mindelo, se sont lancés à l’assaut de l’Atlantique, direction La Martinique. Pour moi, cela a fait un vide …Mais je les retrouverais de l’autre côté !
Comme il faut nécessairement toujours positiver, tout ce temps passé au mouillage de Palmeira m’a permis de rencontrer Benjamin et son superbe Sun Odyssée 44. C’est lui qui ma fait connaître Jean-Luc, mon futur équipier. J’ai fait la connaissance de Pierre et Jean-Paul, deux retraités comme moi et qui navigue sur un Etap 38. J’ai revu Mandragore, construit par Jean-Yves et maintenant aux mains de Laurent et Hélène, un jeune couple charmant que j’avais rencontré un court moment à Folleux. Et puis, une belle surprise : j’étais en train de faire ma sieste quand je m’entend hélé par mon prénom. Je mets le nez dehors et que vois-je ? Talabao, mes amis Anne et Xavier et leurs deux garçons, Léo et Titouan (voir article sur Porto-Santo). Ils sont venus ici uniquement parce qu’ils savaient que j’y étais ! C’est chouette l’Amitié et ça met du baume au cœur !

Jean-Luc est arrivé, tout sourire et  avec son expérience qui n'est pas surfaite. Avec lui, les pièces de rechange pour le pilote que nous nous sommes dépêché de monter et d'en vérifier le bon fonctionnement. Apparemment tout fonctionne donc, nous partons pour Mindelo, sur l'île de Sao Vicente, dernière étape capverdienne avant la traversée. Pourquoi cette étape ? parce qu'à Mindelo il y a une marina où nous pourrons plus facilement faire les ultimes préparatifs et, surtout, faire les pleins d'eau et de gas-oil.

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Jeudi 8 novembre 2007
Un rendez-vous important m’attend le 2 octobre : Carole, mon épouse, me rejoint. Je lève donc l’ancre le 30 septembre et quitte ce merveilleux mouillage de Graciosa pour me diriger vers le port de Santa Cruz de Tenerife, distant de 150 Nm.
Le soleil se lève à peine dans un ciel sans nuage quand je sors de la baie « Playa Francesa ». Il n’y a pas un souffle de vent, pas une risée. La mer est un miroir à peine mouvant. Tandis que Graciosa s’éloigne, je longe Lanzarote et ses paysages lunaires à perte de vue. Seule ombre au tableau , le ronron lancinant du diesel qui me propulse, Eole me faisant défaut. La journée se déroule lentement et je profite au maximum de ces instants de lumière …
Tout à coup, vers 15 h, un bruit de plongeon attire mon regard vers l’avant : un banc de dauphins se rapproche de mon étrave. Cet objet (mon bateau) filant 5 Knts les intrigue ou les amuse. En tout les cas, cela les mets de bonne humeur et ils m’offrent un ballet extraordinaire. Tantôt sur babord, tantôt sur tribord, ils passent sous l’étrave et bondissent hors de l’eau, font mine de s’éloigner et reviennent à une vitesse incroyable pour mieux recommencer. C’est à regret que je les voie s’éloigner définitivement. Il s’est passé 45 minutes. J’aurais voulu que cela dure encore …L’eau est d’une telle transparence que j’ai pu les filmer tout à mon aise.
La nuit est venue et m’offre un clair de lune superbe puis, au petit matin, dans l’aube naissante, le mont Teide pointe son nez sous un nuage lenticulaire qui lui fait comme un béret : l’île de Tenerife est en vue. En début d’après midi, je rentre dans le port de Santa Cruz après 30 h de navigation.
Avec Carole et une de mes filles et son mari, venus, eux aussi me rejoindre pour quelques jours, nous avons visité l’île du nord au sud et d’est en ouest : Des paysages superbes mais …que de béton ! Tenerife perd son âme et, dans certaines parties de l’île, on y entend parler plus certaines langues moins méridionales que l’espagnol !
Pour le bateau, des commerçants spécialisés, plus ou moins bien achalandés, me permettent de réaliser petites réparations et opérations de maintenance.
Et toujours l’ambiance « pontons » où je fais la connaissance de Christian et de son équipage, sur son Endurance 44, avec lequel nous parlons de notre route future pour le Brésil. Eric, sur son cata, qui, avec une grande sollicitude et beaucoup de discrétion, met ses compétences de médecin au service de tous ceux qui en ont besoin. De Jean-Paul qui navigue avec ses deux enfants, Amélie et Joris, des grands ados charmants et de leur ami et équipier, Claude, ancien moniteur de voile et grand marcheur devant l’éternel, sur un « Romanée ». Et puis, mes « anciennes connaissances » suivent …Je revois avec plaisir Gus et Christiane (Stereden Va Bro) et Jean-Pierre et Raymonde (Dyade). Et j’attends les autres …
Nous profitons de l'expérience de montagnards de Jean-Pierre et Raymonde pour faire avec eux de belles randonnées pédestres.
Enfin vient le moment d'aller plus loin, de continuer ma route. Joris, le fils de Jean-Paul, se propose comme équipier jusau'au Cap Vert. Nous décidons alors de faire route ensemble. C'est ainsi que nous appareillons le 21 novembre dans l'après-midi, cap sur l'île de Sal, distante d'environ 800 Mn.
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Vendredi 2 novembre 2007
Il est temps de quitter l’archipel de Madère pour rejoindre celui des Canaries. Le 24 septembre à 9 h, avec l’aide de mes voisins de ponton, j’arrive à m’extraire de mon emplacement et à me mettre dans l’espace réduit entre deux pontons. Doucement je quitte ce port miniature de Caniçal, direction Graciosa, distante de 270 Nm. Un bon vent de travers de 15 à 20 Knts au départ, faiblissant ensuite, m’y emmènera en 50 heures chrono
Graciosa, Lanzarote et Fuerteventura sont des îles désertiques (et non pas désertes). Du sable à perte de vue duquel émergent des volcans de toutes tailles (voir photos) et des villages comme autant de taches blanches sur cet univers doré et sombre (doré par le sable, sombre par le relief).
Graciosa est une toute petite île au nord-ouest de Lanzarote. Deux petits villages dont l’un comporte le port dans lequel quelques pontons sont à la disposition des plaisanciers (pas d’eau ni électricite). Il y a 3 belles zones de mouillage au sud dont la principale : Playa Francesa. Une eau à 24° si cristalline que l’on voit descendre son ancre jusqu’au sable situé à 10 m de profondeur : une véritable invitation à la baignade. Une belle plage (attention, pour les pneumatiques, aux rochers immergés en bordure) de sable fin et des dunes à perte de vue. Il y a de belles promenades à faire sur ce petit bout de terre mais on en a vite fait le tour. Cependant, on a du mal à s’en détacher tant le cadre est idyllique et le mouillage agréable.
 
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